Mythes courants sur la santé démentis : ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas
nov., 27 2025
Vous avez déjà entendu dire que boire huit verres d’eau par jour est indispensable ? Que la mâche de chewing-gum reste dans l’estomac pendant sept ans ? Ou que nous n’utilisons que 10 % de notre cerveau ? Ces idées circulent depuis des décennies, souvent transmises comme des vérités évidentes. Pourtant, elles sont toutes fausses. Et dans un monde où les informations se propagent plus vite que les faits, ces mythes peuvent nuire à votre santé sans que vous vous en rendiez compte.
Boire huit verres d’eau par jour : un mythe sans fondement scientifique
On vous l’a répété depuis l’enfance : « Bois huit verres d’eau par jour. » C’est ce que disent les affiches dans les écoles, les applications de santé, et même certains médecins. Mais cette règle n’a jamais été fondée sur des études scientifiques. En 2002, le Dr Heinz Valtin, de l’École de médecine de Dartmouth, a passé en revue plus de 1 000 publications médicales. Résultat ? Aucune ne prouve que 1,9 litre d’eau par jour est nécessaire pour tout le monde.
La vérité ? Votre corps vous dit quand il a soif. La soif est un mécanisme parfaitement fiable. Les aliments que vous mangez - fruits, légumes, soupes, yaourts - apportent aussi de l’eau. Un café ou un thé ne vous déshydratent pas, comme on le croit souvent. En réalité, la plupart des adultes en bonne santé ont besoin de 2 à 3 litres de liquide par jour, mais ce volume inclut tout ce qu’ils boivent et mangent. Pas seulement l’eau pure.
Boire trop d’eau peut même être dangereux. Un excès d’hydratation peut provoquer une hyponatrémie, une baisse dangereuse du taux de sodium dans le sang, surtout chez les sportifs de haut niveau. La clé ? Écoutez votre corps. Si vous urinez régulièrement et que votre urine est claire ou légèrement jaune, vous êtes bien hydraté.
Le chewing-gum reste dans l’estomac sept ans ? Non, il part en deux jours
Les parents utilisent souvent cette histoire pour décourager les enfants de mâcher du chewing-gum. « Si tu l’avales, il restera dans ton ventre pendant sept ans ! » C’est un mythe tenace, mais totalement faux. Le chewing-gum ne se digère pas - c’est vrai. Mais cela ne veut pas dire qu’il reste coincé.
Comme l’explique le Dr Ian Tullberg, médecin à UCHealth, « le chewing-gum traverse votre système digestif comme n’importe quel autre aliment indigestible. Il sort en deux à quatre jours. » Votre intestin est conçu pour déplacer les objets non digestibles - comme les graines de tomate ou les fibres - sans les décomposer. Il les élimine naturellement.
Seule exception : les enfants très jeunes, surtout ceux de moins de trois ans, peuvent avoir des difficultés à évacuer de grandes quantités de chewing-gum, ou en avaler plusieurs fois par jour. Mais un seul morceau ? Pas de risque. Cette idée vient d’une confusion entre « non digéré » et « bloqué ». Ce n’est pas la même chose.
On n’utilise que 10 % de notre cerveau ? Faux. Tout est actif.
Ce mythe est peut-être le plus répandu. Il apparaît dans des films comme Lucy ou Limitless, où les personnages deviennent des génies en activant les 90 % « inutilisés » de leur cerveau. Mais la neurologie moderne le dément catégoriquement.
Les scanners cérébraux modernes - IRMf, PET scan - montrent que même pendant un sommeil profond, tout le cerveau est actif. Certaines zones sont plus impliquées selon l’activité : parler, marcher, penser, rêver. Il n’y a pas de « zones mortes ». Ce mythe vient d’une mauvaise interprétation des travaux du psychologue William James en 1907, qui parlait de « potentiel non réalisé », pas de zones inutilisées.
En 2022, une étude publiée dans le Journal of Cognitive Neuroscience a analysé plus de 10 000 scans cérébraux. Résultat : aucun volume du cerveau n’est inactif. Même les régions qui semblent « silencieuses » participent à des fonctions automatiques comme la régulation de la respiration, la pression artérielle, ou la mémoire à court terme. Votre cerveau ne vous laisse pas de réserves. Il consomme 20 % de votre énergie, alors il ne serait pas logique qu’il garde 90 % en veille.
Le sucre rend les enfants hyperactifs ? Une croyance entretenue par l’industrie
Vous avez sans doute vu un enfant après une fête d’anniversaire : il court, crie, ne tient pas en place. « C’est le sucre ! » Vous avez peut-être même dit ça vous-même. Pourtant, depuis les années 1990, 23 études contrôlées en double aveugle ont montré qu’il n’y a aucun lien entre la consommation de sucre et l’hyperactivité chez les enfants.
En 2021, une méta-analyse publiée dans JAMA Pediatrics a résumé ces études : les enfants qui ont mangé du sucre se comportent exactement comme ceux qui ont mangé un placebo. Pourtant, ce mythe persiste. Pourquoi ? Parce qu’il est confortable. Il permet d’attribuer un comportement difficile à une cause simple - et lucrative.
Des archives internes de l’industrie sucrière, publiées en 2016, montrent que des lobbyistes ont financé des études pour détourner l’attention du rôle du sucre dans l’obésité en le faisant passer pour un déclencheur de comportement agité. C’était une stratégie pour protéger les ventes. Aujourd’hui, ce mythe continue de vivre, surtout dans les familles qui cherchent des explications rapides aux comportements des enfants.
Vous perdez 70 à 80 % de votre chaleur par la tête ? Non, c’est une erreur militaire
On vous dit de porter un bonnet en hiver parce que « vous perdez la majorité de votre chaleur par la tête ». Cette idée vient d’une étude militaire américaine des années 1950, où des soldats portaient des vêtements de protection mais avaient la tête découverte. Ils perdaient beaucoup de chaleur… parce que leur tête était la seule partie exposée.
La réalité ? La tête représente environ 7 à 10 % de la surface corporelle totale. Si vous êtes nu et que vous êtes exposé au froid, chaque partie de votre corps perd de la chaleur proportionnellement à sa surface. Si vous avez les pieds nus, vous perdez plus de chaleur par les pieds. Si vous avez les bras nus, c’est par les bras. La tête n’est pas spéciale.
Le BBC Science Focus Magazine a confirmé en 2023 que « si vous laissez une partie de votre corps exposée, c’est cette partie qui perdra le plus de chaleur ». Porter un bonnet est une bonne idée - mais pas parce que la tête est une « fuite » exceptionnelle. C’est parce que c’est une zone sensible, souvent exposée, et que le froid y est plus désagréable. Mais ce n’est pas une question de pourcentage.
Les « superaliments » sont-ils vraiment supérieurs ? Non, c’est du marketing
Goji, açaï, chia, quinoa, spiruline… On vous vend ces aliments comme des « superaliments » capables de vous guérir, de vous rajeunir, de vous donner une énergie infinie. Le terme même - « superaliment » - n’existe pas dans la science de la nutrition. Il n’est pas reconnu par l’Organisation mondiale de la santé, ni par l’Autorité européenne de sécurité des aliments.
En 2023, des chercheurs du Conseil européen d’information sur les aliments ont analysé plus de 200 études sur ces produits. Résultat : aucun ne prouve que ces aliments offrent des bienfaits exceptionnels par rapport à une alimentation variée et équilibrée. Les antioxydants du goji sont aussi présents dans les myrtilles. Les oméga-3 du chia existent dans les noix et les graines de lin. La spiruline contient du fer, mais aussi du plomb dans certains produits non contrôlés.
Le vrai superaliment ? Les légumes de saison. Les fruits frais. Les céréales complètes. Les légumineuses. Ce n’est pas un produit exotique qui vous rendra en bonne santé. C’est la régularité, la diversité, et la modération. Acheter un pot d’açaï à 20 euros ne compensera pas un régime riche en sucre et en graisses transformées.
Comment arrêter de croire aux mythes ?
Les mythes ne disparaissent pas juste parce qu’on les dément. Ils s’accrochent parce qu’ils sont simples, émotionnels, et souvent répétés par des personnes en qui on a confiance - un parent, un ami, un influenceur. Pour les combattre, il faut une approche différente.
La méthode « sandwich de vérité » est la plus efficace : d’abord, dites la vérité. Ensuite, mentionnez brièvement le mythe, en le qualifiant clairement comme faux. Enfin, répétez la vérité. Par exemple : « Votre cerveau est entièrement actif. Ce n’est pas vrai que vous n’utilisez que 10 % de votre cerveau. Des scanners montrent que chaque partie a un rôle. »
Évitez de répéter le mythe sans le démentir. Cela renforce sa familiarité. Et ne vous contentez pas de dire « c’est faux ». Expliquez pourquoi. Pourquoi le chewing-gum ne reste pas dans l’estomac ? Parce que l’intestin le pousse. Pourquoi le sucre ne rend pas les enfants hyperactifs ? Parce que les études montrent que les parents perçoivent le comportement comme plus agité quand ils croient que l’enfant a mangé du sucre - même quand il n’en a pas mangé.
Les mythes, un enjeu de santé publique
En 2023, 68 hôpitaux aux États-Unis ont mis en place des programmes de déconstruction des mythes dans leurs services de soins. Pourquoi ? Parce que les patients qui croient en des mythes médicaux suivent moins bien leurs traitements. Ils refusent les vaccins, évitent les médicaments, ou se tournent vers des remèdes inefficaces.
Une étude de l’Association américaine des hôpitaux montre que lorsque les professionnels de santé abordent directement les mythes avec leurs patients, l’adhésion aux traitements augmente de 31 %. Ce n’est pas juste une question d’éducation. C’est une question de confiance. Quand vous expliquez pourquoi une croyance est fausse, vous montrez que vous respectez l’intelligence du patient. Vous ne le traitez pas comme un enfant. Vous le traitez comme un adulte.
Le combat contre les mythes n’est pas une affaire de scientifiques. C’est une affaire de communication. Et c’est un combat qui commence à la maison, dans la salle d’attente, dans les groupes de parents, sur les réseaux sociaux. La prochaine fois que quelqu’un vous dit « on dit que… », demandez : « Où est la preuve ? »
Le chewing-gum peut-il vraiment rester dans l’estomac pendant des années ?
Non. Le chewing-gum ne se digère pas, mais il traverse le système digestif comme n’importe quel autre objet indigestible - comme les graines de tomate ou les fibres. Il est éliminé naturellement en deux à quatre jours. Seuls les très jeunes enfants, en cas d’ingestion répétée, pourraient présenter un risque, mais un seul morceau n’est jamais dangereux.
Faut-il vraiment boire huit verres d’eau par jour ?
Non. Cette règle n’a aucun fondement scientifique. Votre besoin en liquide dépend de votre corps, de votre activité, de la température et de votre alimentation. Les fruits, légumes, soupes et même les boissons comme le thé ou le café comptent dans votre apport total. La soif est un bon indicateur : si vous n’avez pas soif et que votre urine est claire, vous êtes bien hydraté.
Le sucre rend-il les enfants hyperactifs ?
Non. Vingt-trois études scientifiques contrôlées, dont une méta-analyse publiée en 2021 dans JAMA Pediatrics, n’ont trouvé aucun lien entre la consommation de sucre et l’hyperactivité. Ce mythe persiste parce qu’il est pratique - et parce que l’industrie sucrière l’a soutenu pendant des décennies pour détourner l’attention de ses effets sur l’obésité.
Est-ce que les superaliments comme l’açaï ou le quinoa sont vraiment meilleurs que les aliments classiques ?
Non. Le terme « superaliment » n’est pas reconnu par la science. Ces aliments contiennent des nutriments intéressants, mais ils ne sont pas plus efficaces que des aliments locaux et de saison. Une pomme, une carotte, des lentilles ou des noix offrent les mêmes bienfaits, souvent à moindre coût et sans impact environnemental élevé.
Pourquoi les mythes médicaux persistent-ils malgré les preuves ?
Parce qu’ils sont simples, émotionnels, et souvent répétés par des personnes de confiance. Ils répondent à un besoin de compréhension rapide. De plus, certains mythes sont entretenus par des intérêts commerciaux ou culturels. La simple répétition d’un fait faux, même pour le démentir, peut le renforcer si on ne l’accompagne pas d’une explication claire et d’une répétition de la vérité.
Galatée NUSS
novembre 29, 2025 AT 00:36Je viens de lire ça en buvant mon thé (oui, le thé compte dans l’apport hydrique, merci l’article) et j’ai eu l’impression qu’on venait de me délivrer un document secret de l’INSEE de la santé. Je me sens comme un enfant qui découvre que le Père Noël n’existe pas… mais en mieux, parce que là, c’est la vérité qui te libère.
Benjamin Poulin
novembre 30, 2025 AT 11:17Le mythe du chewing-gum dans l’estomac, j’ai encore entendu ça hier chez ma tante. Elle a 72 ans et elle le répète comme une prière. J’ai juste souri et dit : « Mamie, ton intestin est plus intelligent que tu crois. » Elle a ri, puis m’a demandé si je parlais de son cerveau aussi. 😅