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Troubles thyroïdiens et infertilité : symptômes, tests et traitements (guide 2025)

Troubles thyroïdiens et infertilité : symptômes, tests et traitements (guide 2025) août, 28 2025

Tu as tout coché: suivi de cycle, hygiène de vie, parfois même PMA… et pourtant ça ne colle pas. Et si la pièce manquante était la thyroïde? Cette petite glande peut freiner l’ovulation, perturber l’implantation et augmenter le risque de fausses couches. La bonne nouvelle: c’est souvent mesurable, corrigeable, et rapide à optimiser. Voici ce qu’il faut savoir, sans blabla inutile, pour reprendre la main.

  • TL;DR
  • La thyroïde influence l’ovulation, la qualité de la phase lutéale et l’implantation; son dérèglement peut réduire la fertilité et augmenter le risque de fausse couche.
  • À tester tôt si cycles irréguliers, difficultés à concevoir, fausses couches répétées, PMA en cours, antécédent thyroïdien ou antécédents familiaux.
  • Objectif TSH avant grossesse: idéalement < 2,5 mUI/L (à personnaliser); traiter l’hypothyroïdie par lévothyroxine; pour l’hyperthyroïdie, privilégier propylthiouracile au 1er trimestre.
  • Les anticorps anti-TPO augmentent le risque obstétrical même avec TSH normale; le traitement systématique par lévothyroxine n’améliore pas toujours les naissances vivantes, mais la surveillance doit être rapprochée.
  • Levothyroxine: prise à jeun, loin du fer/calcium; contrôle TSH/FT4 toutes 4-6 semaines pré-conception et en début de grossesse, puis par trimestre.

Pourquoi la thyroïde influence tant la fertilité

La thyroïde règle le métabolisme, mais aussi l’axe hormonal qui pilote l’ovulation. Quand T4/T3 chutent (hypothyroïdie), l’hypothalamus et l’hypophyse compensent mal: ovulation capricieuse, phases lutéales courtes, cycles qui s’allongent. À l’inverse, l’excès d’hormones (hyperthyroïdie) peut bousculer LH/FSH et perturber l’ovulation.

Deux effets concrets sur la fertilité:

  • Ovulation et cycles: hypothyroïdie = cycles longs/irréguliers, anovulation. Hyperthyroïdie = cycles plus courts/irréguliers, parfois anovulation.
  • Implantation et maintien de grossesse: la thyroïde et l’endomètre se “parlent”. Des hormones hors cible (ou des anticorps) peuvent compliquer l’implantation et augmenter le risque de fausse couche.

La TRH (hormone hypothalamique) stimule aussi la prolactine. En hypothyroïdie, la prolactine grimpe: c’est un frein supplémentaire à l’ovulation. Côté immunité, la thyroïdite auto-immune (anticorps anti-TPO/anti-Tg) est plus fréquente chez les femmes en parcours de fertilité, et s’associe à un risque obstétrical légèrement accru.

Chez l’homme, hypo et hyperthyroïdie altèrent parfois la concentration et la mobilité des spermatozoïdes. Corriger le trouble hormonal améliore souvent les paramètres spermiologiques en quelques mois.

Ce n’est pas théorique. Les recommandations de l’American Thyroid Association (ATA, 2017, actualisées 2023), de l’Endocrine Society (2023) et de la Société Européenne de Reproduction (ESHRE, 2023-2024) convergent: optimiser la fonction thyroïdienne avant conception améliore les chances et sécurise la grossesse.

Que vérifier : symptômes, examens utiles et valeurs cibles

Quand se tester? Si tu as:

  • Infertilité inexpliquée (≥12 mois d’essai <35 ans, ≥6 mois ≥35 ans) ou PMA en cours.
  • Antécédents: fausses couches répétées, accouchement prématuré, post-partum difficile, antécédents personnels/familiaux thyroïdiens ou auto-immuns.
  • Signes évocateurs: prise/perte de poids inexpliquée, fatigue marquée, frilosité ou intolérance à la chaleur, chute de cheveux, peau sèche, palpitations, tremblements, constipation/diarrhée, cycles irréguliers.

Examens de base à demander (bilan sanguin à jeun non obligatoire mais pratique pour la routine):

  • TSH (thyroid stimulating hormone): le “thermostat”.
  • FT4 (thyroxine libre) ± FT3 selon contexte (hyperthyroïdie).
  • Anticorps anti-TPO ± anti-thyroglobuline (auto-immunité), TRAb si suspicion de Basedow (Graves).
  • Prolactine si cycles irréguliers/galactorrhée; ferritine si fatigue, carences.
  • Échographie thyroïdienne si goitre/nodule palpé ou anomalies biologiques persistantes.

Repères utiles (à confirmer par les valeurs de référence de ton labo):

  • TSH «préconception» visée: souvent < 2,5 mUI/L chez les femmes avec antécédent thyroïdien, en PMA ou à risque. Si tu es en parfaite santé, une TSH un peu plus haute mais dans la norme peut être acceptable.
  • Pendant la grossesse, les seuils sont spécifiques par trimestre. À défaut de normes locales, on utilise souvent: 1er trimestre ≈ 0,1-2,5; 2e ≈ 0,2-3,0; 3e ≈ 0,3-3,0 mUI/L.

Ce tableau t’aide à y voir clair.

TableauImpact sur la fertilitéBiologie cléCibles/repères (préconception/grossesse)Action typique
Hypothyroïdie franche Anovulation, phases lutéales courtes, fausses couches ↑ TSH ↑, FT4 ↓ TSH < 2,5 mUI/L avant conception; grossesse: TSH dans les normes de trimestre, FT4 dans la moitié haute Lévothyroxine, ajustements toutes 4-6 sem. Augmenter dose au test de grossesse
Hypothyroïdie subclinique Ovulation perturbée, risque obstétrical léger ↑ TSH ↑, FT4 N Traiter si TSH ≥ 4-4,5 ou si anti-TPO +; viser TSH < 2,5 Lévothyroxine selon risques, recontrôle 6-8 sem
Hyperthyroïdie (Basedow, nodules toxiques) Anovulation, fausses couches/complications ↑ si non traité TSH ↓, FT4/FT3 ↑, TRAb + (Basedow) Avant grossesse: euthyroïdie durable; Pendant: FT4 dans la moitié sup de la normale Antithyroïdiens (PTU 1er trim puis carbimazole), éviter iode radioactif en projet bébé
Thyroïdite auto-immune (anti-TPO +) avec TSH normale Risque de fausse couche légèrement ↑, hypothyroïdie ultérieure ↑ Anti-TPO/Tg +, TSH/FT4 N Surveillance rapprochée, viser TSH basse-normale Pas de lévothyroxine systématique; supplément iodé adapté; contrôle fréquent
Post-partum (thyroïdite) Infertilité secondaire possible, cycles instables Phases hyper puis hypo, anti-TPO souvent + Retour à l’euthyroïdie avant nouveau projet Suivi clinique/biologique; traitement selon phase

Sources: ATA 2017/2023, Endocrine Society 2023, ESHRE 2023-2024, HAS (France) 2022-2024.

Que faire: traitements, délais et cas particuliers (PMA incluse)

Que faire: traitements, délais et cas particuliers (PMA incluse)

Hypothyroïdie (franche ou subclinique):

  • Lévothyroxine (lévothyroxine) est le traitement standard. Objectif: normaliser la TSH et amener FT4 dans la moitié haute de la norme si projet bébé.
  • Prise pratique: à jeun, avec un grand verre d’eau, 30-60min avant le petit-déj. Évite fer, calcium, soja, café dans les 3-4h après la prise.
  • Contrôles: TSH/FT4 toutes 6-8 semaines au début. Quand tu es enceinte, augmente généralement la dose de 20-30% dès le test positif (selon ATA), puis contrôle toutes 4-6sem jusqu’à 20SA, puis 1 fois par trimestre.
  • Hypothyroïdie subclinique: traitement recommandé si TSH ≥ 4-4,5 mUI/L, ou plus bas si anti-TPO positifs, PMA, fausses couches répétées ou symptômes. Décision partagée avec l’endocrino.

Hyperthyroïdie (Basedow, nodules toxiques):

  • Avant de concevoir, l’objectif est une euthyroïdie stable (plusieurs dosages consécutifs corrects). Les traitements: antithyroïdiens de synthèse, iode radioactif ou chirurgie (selon cas).
  • Grossesse en vue: évite l’iode radioactif (contraception stricte, délai d’au moins 6 mois après traitement). Discute d’une chirurgie si nodule toxique volumineux et projet bébé rapide.
  • Pendant la grossesse: privilégie le propylthiouracile (PTU) au 1er trimestre (risque malformatif moindre), puis switch vers carbimazole/méthimazole au 2e-3e trimestre pour limiter l’hépatotoxicité du PTU. Vise un FT4 dans la moitié supérieure de la norme pour ne pas freiner la thyroïde du fœtus.
  • TRAb (anticorps stimulant la thyroïde): s’ils sont élevés chez la mère, surveillance fœtale renforcée (échographies) car risque d’hyperthyroïdie néonatale.

Auto-immunité thyroïdienne avec TSH normale:

  • Le risque de fausse couche est un peu plus élevé, mais donner de la lévothyroxine à tout le monde n’améliore pas clairement les naissances vivantes (essais TABLET et POSTAL). Le point clé, c’est la surveillance rapprochée et l’optimisation d’iode.
  • Complément iodé: 150µg/j en préconception et 200-250µg/j en grossesse (OMS), sauf hyperthyroïdie active. En France, vérifie que ta vitamine prénatale contient de l’iode.
  • Sélénium: pas recommandé en systématique pour la fertilité (bénéfice incertain, risque en cas de surdosage).

PMA (stimulation, FIV):

  • De nombreuses cliniques demandent une TSH < 2,5-3,0 mUI/L avant ponction/transfert. Ajuste la lévothyroxine au moins 6-8semaines avant pour laisser le temps à la TSH de se stabiliser.
  • Si anti-TPO positifs: informe l’équipe PMA. Elles surveilleront plus étroitement la TSH pendant la stimulation.
  • Cycle masculin: en cas d’anomalies du sperme et TSH hors normes, corriger la thyroïde peut améliorer les paramètres en 2-4mois (temps de spermatogenèse).

Délais à prévoir:

  • Après ajustement de lévothyroxine: 6-8semaines pour voir l’effet complet sur la TSH.
  • Après iode radioactif: attendre au minimum 6mois avant de concevoir, parfois 12mois selon l’endocrino.
  • Après chirurgie: une fois la substitution stabilisée et la TSH dans la cible, tu peux relancer le projet.

Aides pratiques: checklists, règles de pouce et pièges à éviter

Checklist «Avant d’essayer/relancer»:

  • Fais un bilan TSH + FT4 ± anti-TPO si antécédents ou PMA.
  • Calibre la TSH sous 2,5 si tu es suivie pour la thyroïde, en PMA ou si fausses couches répétées.
  • Choisis une vitamine prénatale avec 150µg d’iode (sauf hyperthyroïdie active).
  • Vérifie tes médicaments: fer, calcium, IPP, sojas/compléments perturbent l’absorption de la lévothyroxine.
  • Note tes cycles et symptômes: fatigue, frilosité, palpitations, etc. Utile pour l’endo/gynéco.

Checklist «Pendant les essais/PMA»:

  • Lévothyroxine à jeun, toujours à la même heure. Espace de 3-4h avec fer/calcium.
  • Contrôle TSH/FT4 toutes 6-8semaines, ou 4semaines si ajustement récent.
  • Tiens ton centre PMA informé de tout changement de dose.
  • Si hyperthyroïdie: stabilise avant transfert. Évite bêtabloquants prolongés sans suivi.

Checklist «Test positif»:

  • Informe immédiatement ton médecin/endocrino. Augmente la lévothyroxine de 20-30% si tu étais déjà substituée (schéma validé par ATA), puis contrôle à 4semaines.
  • Si tu es sous antithyroïdiens: revois la posologie rapidement; souvent basculer vers PTU au 1er trimestre.
  • Planifie des bilans TSH/FT4/±TRAb selon ton cas.

Règles de pouce (heuristiques):

  • Hypothyroïdie + prolactine un peu haute: normalise la thyroïde avant de traiter la prolactine.
  • Objectif simple: «TSH basse-normale», FT4 dans la moitié haute quand bébé est en projet.
  • Un changement de dose = un contrôle dans 6-8semaines (hors grossesse) ou 4semaines (début de grossesse).

Pièges fréquents:

  • Commencer la lévothyroxine et contrôler la TSH 2 semaines après: trop tôt, tu risques un faux ajustement.
  • Prendre la lévothyroxine avec le café: absorption amputée.
  • Arrêter la contraception juste après iode radioactif: risque. Respecte les délais.
  • Traiter systématiquement toute TSH à 3,0 mUI/L sans contexte: inutile chez beaucoup. Discute des bénéfices/risques.

Mini “arbre de décision” simple:

  • TSH >= 4,0 mUI/L ou FT4 bas: parle traitement (lévothyroxine) rapidement.
  • TSH 2,5-4,0 avec anti-TPO +, PMA, fausses couches: envisager traitement et surveillance serrée.
  • TSH basse avec FT4/FT3 hautes: hyperthyroïdie→ endocrino, PTU si grossesse précoce.
  • TSH normale, anti-TPO +: pas de traitement d’emblée, mais contrôles réguliers, iode adapté.
Questions courantes + étapes suivantes

Questions courantes + étapes suivantes

FAQ rapide:

  • La thyroïde peut-elle à elle seule empêcher une grossesse? Oui, si le dérèglement est franc. La bonne mise au point restaure souvent l’ovulation en quelques semaines à mois.
  • Dois-je viser une TSH < 2,5 mUI/L à tout prix? Si tu es suivie pour la thyroïde, en PMA ou à risque, c’est une cible pratique. Sinon, une TSH dans la norme peut suffire. Décision individualisée.
  • Les anticorps anti-TPO m’empêchent-ils de tomber enceinte? Non. Ils augmentent modestement certains risques. La clé est la surveillance et l’optimisation hormonale.
  • La lévothyroxine fait-elle ovuler? Elle rétablit l’équilibre thyroïdien: si l’anovulation vient de l’hypothyroïdie, oui, elle aide.
  • Hyperthyroïdie et grossesse, c’est incompatible? Non, mais il faut une stratégie claire (PTU au 1er trimestre, objectifs FT4, suivi fœtal si TRAb élevés).
  • Combien de temps attendre après iode radioactif? En général au moins 6mois (discute du délai précis avec l’endocrino).
  • Puis-je allaiter sous antithyroïdiens? Oui à petites doses (méthimazole/carbinazole ou PTU) avec suivi du nourrisson, selon recommandations des sociétés savantes.
  • L’AMH remonte quand on traite la thyroïde? Les données sont mitigées. Ce qui s’améliore de façon la plus nette, c’est l’ovulation et l’environnement endométrial.

Étapes suivantes, selon profils:

  • Tu as des cycles irréguliers et une TSH à 4,5: prends rendez-vous avec ton médecin/endocrino. Démarrer une lévothyroxine se discute. Recontrôle dans 6-8semaines.
  • Tu es en FIV dans 2mois avec TSH à 3,2 et anti-TPO +: ajuste vite (objectif < 2,5), contrôle à 4semaines, informe le centre PMA.
  • Tu as une maladie de Basedow stabilisée: confirme l’euthyroïdie sur 2 bilans consécutifs, planifie le switch PTU si grossesse envisagée, vérifie les TRAb.
  • Tu as accouché il y a 9mois, cycles anarchiques, TSH variable: pense thyroïdite du post-partum. Bilan TSH/FT4/anti-TPO, plan de suivi avant un nouveau projet.
  • Ton partenaire a une TSH à 7 et une mobilité basse des spermatozoïdes: consultation endocrine, traitement substitutif, nouveau spermogramme dans 3mois.

Ce que disent les références: l’ATA (2017, réaffirmée 2023) recommande d’optimiser la TSH < 2,5 mUI/L chez les femmes avec antécédents thyroïdiens ou en PMA; l’Endocrine Society (2023) préconise un traitement de l’hypothyroïdie subclinique à partir de TSH ≥ 4,0 mUI/L ou si anti-TPO + avec facteurs de risque; l’ESHRE (2023-2024) insiste sur le dépistage ciblé et la personnalisation du traitement. En France, la HAS (2022-2024) rappelle les bonnes pratiques de substitution et de suivi en grossesse.

Prends-le comme un chantier à étapes. Un bilan simple, des objectifs clairs, et un suivi régulier font souvent la différence. Et si tu es déjà en parcours PMA, parler tôt de la thyroïde à l’équipe peut t’éviter des mois d’essais en demi-teinte.

Pour finir, garde cette boussole: troubles thyroïdiens et infertilité, oui, le lien est réel. Mais avec les bons repères et le bon tempo, c’est un levier que tu peux ajuster.