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Types de polypes colorectaux : adénomes vs lésions serrées

Types de polypes colorectaux : adénomes vs lésions serrées janv., 17 2026

Les polypes colorectaux sont des croissances anormales qui se forment sur la paroi interne du côlon ou du rectum. Environ 30 à 50 % des adultes développent au moins un polype avant 60 ans. La plupart ne causent aucun symptôme, mais certains peuvent évoluer en cancer. Deux types principaux sont à surveiller de près : les adénomes et les lésions serrées. Bien qu’ils soient tous deux précancéreux, leur apparence, leur localisation, leur risque de transformation et leur détection diffèrent largement.

Les adénomes : les plus fréquents, mais pas tous égaux

Les adénomes représentent environ 70 % de tous les polypes colorectaux. Ils se forment à partir d’une mutation dans le gène APC et suivent la voie d’instabilité chromosomique. Trois sous-types existent, avec des risques variés.

  • Les adénomes tubulaires (70 % des adénomes) ont une forme tubulaire et sont les moins dangereux. Si leur taille est inférieure à 0,5 cm, le risque de cancer est de moins de 1 %.
  • Les adénomes tubulovillous (15 %) combinent des zones tubulaires et villouses. Leur risque est modéré, surtout si leur taille dépasse 1 cm.
  • Les adénomes villous (15 %) sont plats et étalés. Ils sont plus difficiles à retirer entièrement et présentent un risque de cancer de 10 à 15 % dès 1 cm de diamètre. Leur structure les rend plus sujets à une récidive si la résection n’est pas complète.

La taille est un indicateur clé : un adénome de plus de 1 cm a cinq fois plus de chances de contenir des cellules cancéreuses qu’un polype plus petit. Les adénomes avec composante villouse augmentent le risque de cancer de 25 à 30 % par rapport aux adénomes purement tubulaires de même taille.

Les lésions serrées : discrètes mais dangereuses

Les lésions serrées, responsables de 20 à 30 % des cancers du côlon, sont souvent sous-diagnostiquées. Leur nom vient de leur aspect « en dents de scie » observé au microscope. Trois types principaux existent : les polypes hyperplasiques, les adénomes serrés sessiles (SSA/P) et les adénomes serrés traditionnels (TSA).

  • Les polypes hyperplasiques sont généralement bénins, surtout s’ils sont situés dans le rectum ou le côlon sigmoïde. Leur risque de cancer est quasi nul.
  • Les adénomes serrés sessiles (SSA/P) sont les plus préoccupants. Ils sont souvent plats, situés dans le côlon proximal (cécum, côlon ascendant), et très difficiles à voir lors d’une coloscopie standard. Leur taux de dysplasie de haut grade ou de cancer atteint 13 %, comparable à celui des adénomes conventionnels.
  • Les adénomes serrés traditionnels (TSA) sont rares, mais ont un potentiel de transformation élevé. Ils se développent souvent dans le côlon distal et présentent des cellules anormales plus marquées.

Les SSA/P sont particulièrement insidieux : leur forme plate les rend presque invisibles sans colonoscopie de haute résolution. Ils suivent une voie moléculaire différente des adénomes, basée sur une mutation BRAF et une méthylation excessive de l’ADN (phénomène CIMP). Cela signifie qu’ils peuvent évoluer en cancer plus rapidement, parfois sans passer par une dysplasie intermédiaire.

Difficultés de détection : pourquoi certains polypes échappent aux coloscopies

La détection des polypes dépend fortement de leur forme. Les polypes pédiculés, qui poussent sur une tige fine, sont faciles à repérer et à retirer. Les polypes sessiles, qui poussent directement à la surface de la muqueuse, sont plus discrets. Les polypes plats, eux, sont presque indiscernables du tissu normal.

En moyenne, 2 à 6 % des polypes sessiles sont manqués lors d’une coloscopie standard. Pour les SSA/P, ce taux peut monter à 10 % dans certains centres. Leur localisation dans le côlon proximal - plus difficile à visualiser - complique encore la tâche. Des études montrent que 68 % des SSA/P se trouvent au-delà du pli splénique, là où les plis anatomiques et les résidus fécaux masquent les lésions.

C’est pourquoi les systèmes d’assistance par intelligence artificielle, comme GI Genius approuvé par la FDA en 2022, augmentent la détection des adénomes de 14 à 18 %. Ces outils aident les endoscopistes à ne rien manquer, surtout les lésions plates et les contours subtils.

Scène de coloscopie avec un endoscope détectant un adénome visible et une lésion serrée presque invisible, aidée par des repères numériques subtils.

Prise en charge et retrait : ce qui se passe après la découverte

Le traitement standard est la résection endoscopique. Pour les adénomes de moins de 2 cm, le taux de retrait complet est de 95 à 98 %. Pour les SSA/P de plus de 2 cm, il tombe à 80-85 % en raison de leur morphologie étalée. Un retrait incomplet augmente le risque de récidive et de cancer.

Après le retrait, le pathologiste examine le polype pour vérifier :

  • si la lésion a été entièrement retirée,
  • si des cellules cancéreuses sont présentes,
  • si des signes de dysplasie de haut grade apparaissent.

Si le polype est bien retiré et qu’il n’y a pas de cancer, le risque de développer un cancer du côlon dans les 10 prochaines années reste faible - mais pas nul. Les personnes ayant eu un SSA/P ou un adénome de grande taille ont un risque 1,5 à 2,5 fois plus élevé que la population générale.

Suivi et surveillance : quel intervalle choisir ?

Les recommandations de suivi varient selon le type de polype et sa taille.

Intervalle de surveillance recommandé après retrait d’un polype
Type de polype Taille Intervalle de surveillance (US) Intervalle de surveillance (Europe)
Adénome tubulaire <1 cm Inférieure à 1 cm 7 à 10 ans 5 à 10 ans
Adénome tubulovillous ou villous Quelle que soit la taille 3 ans 3 à 5 ans
SSA/P <10 mm Inférieure à 1 cm 5 ans 5 ans
SSA/P ≥10 mm 1 cm ou plus 3 ans 5 ans
TSA Quelle que soit la taille 3 ans 3 à 5 ans

En Europe, certains experts considèrent que les SSA/P progressent plus lentement que dans les populations américaines. Cela explique les intervalles plus longs. Mais avec l’arrivée des analyses moléculaires, ces recommandations pourraient devenir plus personnalisées. Dans les cinq prochaines années, la caractérisation génétique des polypes devrait guider le suivi, réduisant ainsi le nombre de coloscopies inutiles.

Chronologie illustrée de la progression d&#039;un polype bénin vers un cancer, avec symboles moléculaires et signes d&#039;alerte le long du chemin.

Que faire après un diagnostic ?

Ne pas paniquer. La majorité des personnes ayant un polype ne développent jamais de cancer. Le fait d’avoir un adénome ou un SSA/P signifie simplement que vous êtes dans un groupe à risque modéré. Ce n’est pas un diagnostic de cancer - c’est une alerte précoce.

Voici ce qui compte vraiment :

  • Respectez les délais de surveillance. Ne reportez pas votre prochaine coloscopie.
  • Privilégiez les examens de haute qualité, avec une préparation intestinale optimale.
  • Si vous avez des antécédents familiaux de cancer du côlon, parlez-en à votre médecin : un dépistage plus précoce peut être recommandé.
  • Adoptez un mode de vie sain : alimentation riche en fibres, activité physique régulière, évitement du tabac et de l’alcool.

Le cancer du côlon est l’un des rares cancers que l’on peut vraiment prévenir. En retirant les polypes avant qu’ils ne deviennent cancéreux, on réduit le risque de décès de plus de 70 %. Chaque coloscopie réussie sauve des vies.

Les signes à ne pas ignorer

La plupart des polypes ne causent aucun symptôme. Mais certains signes doivent alerter :

  • Saignement rectal (présent dans 30 à 40 % des cas symptomatiques)
  • Anémie par carence en fer (15 à 20 % des cas), sans cause évidente
  • Changements durables des habitudes intestinales : constipation, diarrhée, selles plus fines
  • Douleurs abdominales persistantes

Si vous avez plus de 50 ans, ou plus de 45 ans avec un antécédent familial, ne attendez pas d’avoir des symptômes. Le dépistage est la meilleure arme.

Tous les polypes colorectaux deviennent-ils un cancer ?

Non. La grande majorité des polypes ne deviennent jamais cancéreux. Seuls certains types - les adénomes et les lésions serrées - ont un potentiel de transformation. Même parmi ceux-ci, la majorité évolue très lentement, sur plusieurs années. Le retrait précoce lors d’une coloscopie élimine ce risque.

Pourquoi les lésions serrées sont-elles plus difficiles à détecter ?

Les lésions serrées, en particulier les SSA/P, sont souvent plates, de couleur proche du tissu normal, et situées dans le côlon proximal, une zone difficile à visualiser. Elles n’ont pas de forme saillante comme les polypes pédiculés. Sans colonoscopie de haute résolution ou aide par intelligence artificielle, elles passent facilement inaperçues.

Un polype retiré peut-il revenir ?

Le polype retiré ne revient pas, mais de nouveaux polypes peuvent se former ailleurs dans le côlon. C’est pourquoi le suivi régulier est essentiel. Le risque de développer de nouveaux polypes est plus élevé chez les personnes ayant déjà eu un adénome ou un SSA/P.

La coloscopie est-elle douloureuse ?

Non. La plupart des personnes reçoivent un sédatif léger pendant l’examen. Vous ne ressentez généralement rien. L’inconfort principal vient de la préparation intestinale, qui demande de boire beaucoup de liquide et de rester près des toilettes. Mais cette étape est cruciale pour une bonne détection.

Faut-il se faire dépister avant 50 ans ?

Oui, si vous avez un antécédent familial de cancer du côlon ou de polypes précancéreux. Même sans antécédent, les nouvelles recommandations françaises et américaines suggèrent de commencer le dépistage à 45 ans, car le nombre de cancers chez les jeunes adultes augmente. Ne laissez pas l’âge vous empêcher de vous protéger.