Gérer sa glycémie : cibles HbA1c et surveillance quotidienne du glucose
févr., 15 2026
Vous avez peut-être entendu dire que votre HbA1c doit être en dessous de 7 %. Mais est-ce vraiment vrai pour vous ? La réponse n’est pas aussi simple qu’un chiffre. Gérer son diabète aujourd’hui, ce n’est plus juste suivre un objectif universel. C’est comprendre comment votre corps réagit à chaque repas, chaque effort, chaque nuit, et surtout, comment éviter les baisses de sucre qui peuvent vous mettre en danger.
Qu’est-ce que l’HbA1c, vraiment ?
L’HbA1c, ou hémoglobine glyquée, n’est pas une mesure instantanée. Elle vous dit ce que votre taux de sucre dans le sang a été en moyenne sur les deux à trois derniers mois. Pourquoi ? Parce que les globules rouges vivent environ 120 jours. Pendant ce temps, le glucose s’accroche à eux. Plus votre sucre est élevé, plus il y a de glucose collé. Le résultat ? Un pourcentage. Un chiffre simple, mais qui cache une histoire complexe.
Un taux normal est en dessous de 5,7 %. Entre 5,7 % et 6,4 %, on parle de prédiabète. Au-delà de 6,5 %, on parle de diabète. Mais voilà : ce chiffre ne vous dit pas si vous avez eu des pics à 250 mg/dL après le déjeuner, ou des creux à 50 mg/dL pendant la nuit. Il ne vous dit pas si vous avez eu 10 épisodes d’hypoglycémie cette semaine. Il vous donne une moyenne. Et parfois, une moyenne peut mentir.
Les cibles idéales : un chiffre ou une stratégie ?
En 2023, les grandes organisations médicales ne sont plus d’accord sur une seule cible. L’American Diabetes Association (ADA) recommande généralement un HbA1c inférieur à 7 % pour les adultes non enceintes. Mais elle ajoute : « Personnalisé. » Pourquoi ? Parce que ce chiffre peut être dangereux pour certains.
Par exemple, si vous avez 75 ans, que vous vivez seul, et que vous avez déjà eu une hypoglycémie grave, viser 6,5 % pourrait vous tuer plus vite que le diabète. L’American College of Physicians (ACP) recommande alors 7 à 8 % pour les personnes âgées ou celles avec d’autres maladies chroniques. Pourquoi ? Parce que les études montrent qu’aller en dessous de 7 % n’augmente pas la longévité - mais augmente les risques d’hypoglycémie, de chute, d’hospitalisation.
À l’inverse, si vous êtes jeune, actif, et que vous avez un diabète de type 1 bien maîtrisé, viser 6,5 % ou même moins peut réduire votre risque de complications oculaires, rénales ou nerveuses à long terme. Les données de l’étude UKPDS ont montré que chaque réduction de 1 % d’HbA1c diminue les complications microvasculaires de 25 %. Donc oui, plus bas peut être mieux - mais seulement si vous pouvez le faire sans danger.
La surveillance quotidienne : bien plus qu’un pic de sucre
Si l’HbA1c vous donne une vue d’ensemble, la surveillance quotidienne vous montre les détails. Les méthodes ? Deux grandes catégories : les dosages capillaires (avec aiguille et bandelette) et les capteurs en continu (CGM).
Les dosages classiques, avec un petit piqure au doigt, restent fiables - à condition d’être bien faits. Une étude de 2021 montre que jusqu’à 15 % des mesures à domicile sont faussées à cause d’un mauvais codage de la bandelette, d’une mauvaise technique, ou d’un appareil mal calibré. Ce n’est pas négligeable.
Les capteurs en continu, comme le Dexcom G7 ou le FreeStyle Libre 3, sont devenus des alliés incontournables. Ils mesurent le sucre dans le liquide interstitiel toutes les 5 minutes. Ils ne remplacent pas les dosages pour les hypoglycémies, mais ils vous montrent comment votre sucre évolue : après le pain, après le sport, après le stress. Vous voyez les pics, les creux, les retards. Et vous apprenez à ajuster.
Un nouveau paramètre est maintenant au cœur de la gestion : le « time-in-range » (TIR). C’est le pourcentage de temps passé entre 70 et 180 mg/dL. L’ADA recommande de rester dans cette zone plus de 70 % du temps. Pourquoi ? Parce que c’est ce qui réduit vraiment les risques de complications - bien plus que l’HbA1c seul. Un TIR de 70 % correspond à peu près à un HbA1c de 7 %. Mais vous pouvez avoir un HbA1c de 6,8 % et passer 40 % du temps en dessous de 70 mg/dL : c’est dangereux. Ou alors, un HbA1c de 7,5 % mais avec 80 % du temps dans la cible : c’est bien mieux.
Les limites réelles : quand les chiffres ne reflètent pas la réalité
Un HbA1c peut être trompeur. Si vous avez une anémie, un problème rénal, ou un variant hémoglobine (fréquent chez les personnes d’origine africaine), le résultat peut être faussé. Une transfusion récente peut aussi tout dérégler. Et si vous êtes un « brittle diabetic » - avec des variations extrêmes de sucre - votre HbA1c peut être « normale » alors que vous vivez des montagnes russes glycémiques chaque jour.
Plusieurs patients sur les forums racontent : « J’ai un HbA1c de 6,9 %, mais j’ai eu trois hypoglycémies cette semaine. » Ou : « Mon HbA1c est à 7,2 %, mais je passe 80 % du temps entre 80 et 150. » La réalité est souvent plus nuancée que le chiffre sur votre feuille de résultats.
Et puis, il y a le coût. Un capteur CGM coûte en moyenne 127 € par mois en France. Même avec une prise en charge, beaucoup doivent choisir entre manger sainement et acheter des bandelettes. Une étude de 2022 montre que 34 % des patients à faible revenu ne peuvent pas se permettre les fournitures recommandées. Le diabète n’est pas seulement une maladie médicale - c’est aussi une question de justice sociale.
Comment adapter votre stratégie ?
Voici comment vous pouvez agir, quel que soit votre type de diabète :
- Si vous utilisez de l’insuline : un CGM est presque indispensable. Il vous permet de voir les réactions à l’insuline, d’éviter les hypoglycémies nocturnes, et de ajuster vos doses en temps réel.
- Si vous prenez des comprimés : un dosage quotidien (2 à 4 fois par jour) peut suffire, surtout si vous avez un diabète stable. Mais un CGM peut encore vous apprendre comment certains aliments vous affectent.
- Si vous avez 65 ans ou plus : discutez avec votre médecin d’une cible plus douce (7 à 8 %). Votre priorité n’est pas de réduire un chiffre, mais de rester en sécurité, autonome, et sans peur des hypoglycémies.
- Si vous êtes jeune et actif : visez un TIR de plus de 70 %. Utilisez les données de votre capteur pour ajuster vos repas, vos exercices, vos moments de stress. Le sucre n’est pas un ennemi - c’est un indicateur.
La clé ? Apprendre à lire vos données. Un patient sur trois ne comprend pas les schémas de son sucre. Mais après trois séances avec un éducateur en diabète, 78 % arrivent à identifier les causes de leurs pics et de leurs creux. C’est là que la gestion devient réellement efficace.
Le futur : vers une personnalisation totale
Les systèmes hybrides fermés - comme le Tandem Control-IQ - sont déjà là. Ils ajustent automatiquement l’insuline en fonction de vos données en temps réel. Les résultats ? Une augmentation de 12 % du temps passé dans la cible, et une baisse moyenne de 0,5 % de l’HbA1c.
À l’horizon 2025, des technologies sans aiguille - comme des lentilles de contact qui mesurent le glucose - pourraient arriver. Mais avant ça, il faut que tout le monde y ait accès. Actuellement, 74 % des personnes avec diabète de type 1 utilisent un CGM. Mais seulement 22 % des personnes avec diabète de type 2 en ont un. Et parmi les plus pauvres ? À peine 12 %.
Le vrai progrès ne sera pas dans la technologie. Il sera dans l’équité. Un bon objectif de sucre n’est pas celui qui est écrit dans un guide médical. C’est celui qui vous permet de vivre sans peur, sans fatigue, sans hospitalisation - et avec une vie pleine.
Quelle est la bonne cible HbA1c pour moi ?
Il n’y a pas de cible universelle. Pour un adulte jeune et en bonne santé, 6,5 à 7 % est souvent réaliste. Pour une personne âgée, avec d’autres maladies ou un risque d’hypoglycémie, 7 à 8 % est plus sûr. Le plus important : discutez avec votre médecin de vos habitudes, de vos risques et de vos objectifs de vie. Votre cible doit vous servir, pas vous stresser.
Le CGM est-il vraiment nécessaire si je ne prends pas d’insuline ?
Pas toujours, mais ça peut changer votre vie. Même sans insuline, un capteur en continu vous montre comment votre corps réagit aux glucides, au stress ou au sommeil. Cela aide à ajuster votre alimentation, vos médicaments, et à éviter les pics qui endommagent vos vaisseaux. Si vous avez des hypoglycémies non détectées ou des variations importantes, le CGM est très utile.
Pourquoi mon HbA1c est-il bon, mais je sens que je suis souvent en hyperglycémie ?
C’est possible. L’HbA1c est une moyenne. Si vous avez des épisodes très élevés suivis de très bas, votre moyenne peut rester « normale » - mais vos vaisseaux sont exposés à des stress répétés. C’est ce qu’on appelle la « glycémie variable ». Le CGM vous révèle ces pics et creux. Un TIR à 70 % est plus protecteur qu’un HbA1c à 6,8 % avec des fluctuations extrêmes.
Les dosages à domicile sont-ils fiables ?
Oui, mais seulement si vous les faites bien. Vérifiez que votre appareil est bien codé, que vos bandelettes ne sont pas périmées, que vous vous lavez les mains, et que vous utilisez la bonne quantité de sang. Une mauvaise technique peut fausser les résultats de 10 à 15 %. Si vous avez un doute, comparez avec un dosage au laboratoire.
Comment réduire les coûts de surveillance du glucose ?
En France, la Sécurité sociale prend en charge une grande partie des bandelettes et des capteurs, selon votre traitement. Vérifiez votre droit à une prise en charge à 100 %. Certains mutuelles complètent. Pour les CGM, demandez à votre médecin d’expliquer pourquoi vous en avez besoin - cela augmente vos chances de couverture. Certains fabricants proposent des programmes d’aide financière. Et n’hésitez pas à partager vos bandelettes avec d’autres patients si vous avez un excédent (dans les limites de l’hygiène).