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Ordonnances verbales : meilleures pratiques pour clarté et sécurité

Ordonnances verbales : meilleures pratiques pour clarté et sécurité janv., 21 2026

Les ordonnances verbales sont inévitables - mais elles peuvent tuer

Un patient arrive en urgence. Le médecin donne un ordre à voix haute : « Ampicilline, deux cents milligrammes, IV, toutes les six heures. » La sage-femme note. Le pharmacien prépare. Le bébé meurt. Ce n’est pas une fiction. C’est un cas réel documenté en 2006 dans un hôpital de Pennsylvanie. L’erreur ? L’ordonnance verbale n’a pas été vérifiée. « Deux cents » a été entendu comme « vingt ». L’antibiotique a été administré en dose mortelle. Ce genre d’erreur se produit trop souvent - et pourtant, on continue à passer des ordonnances à voix haute.

En 2026, même avec des dossiers médicaux électroniques partout, les ordonnances verbales représentent encore 10 à 15 % de toutes les prescriptions dans les hôpitaux. Dans les services d’urgence ou en chirurgie, ce chiffre monte à 25-30 %. Pourquoi ? Parce que parfois, il n’y a pas le temps d’ouvrir un ordinateur. Le patient saigne. Le cœur s’arrête. Le bébé se déshydrate. Mais ce n’est pas une excuse pour faire n’importe quoi.

Les règles de base : ce que dit la loi et les normes

Les ordonnances verbales sont légales. Elles sont autorisées par les Centers for Medicare & Medicaid Services (CMS) et par The Joint Commission. Mais elles ne sont pas libres. Elles sont encadrées. Depuis 2006, la norme exige une vérification par répétition - le « read-back ». Cela signifie : quand quelqu’un vous donne un ordre à voix, vous le répétez mot pour mot. Pas juste « Ampicilline, IV ». Vous dites : « Ampicilline, deux cents milligrammes, par voie intraveineuse, toutes les six heures. » Et vous attendez que le médecin confirme : « Exact. »

Et ce n’est pas une suggestion. C’est obligatoire. Si vous ne le faites pas, vous êtes en faute. Si un patient meurt, vous pouvez être tenu responsable. La plupart des hôpitaux en France et dans les pays anglophones ont intégré cette règle dans leur manuel de sécurité. À l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, par exemple, un infirmier qui ne fait pas le read-back ne peut pas administrer le médicament - même si le médecin est pressé.

Les mots qui tuent : les noms de médicaments qui se ressemblent

Il y a des médicaments qui se prononcent presque pareil. Et quand vous les entendez en pleine urgence, vous ne savez pas ce que vous avez entendu.

  • Celebrex (anti-inflammatoire) et Celexa (antidépresseur)
  • Zyprexa (antipsychotique) et Zyrtec (antihistaminique)
  • Hydralazine (pour la tension) et Hydroxyzine (pour l’anxiété)
  • Insulin et Isosorbide - même si l’un est injectable, l’autre est oral, la confusion peut être fatale

Leur prononciation est presque identique. Et si vous n’êtes pas un natif, ou si le médecin parle vite, vous entendez « Hy-dra-la-zine » et vous pensez « Hy-dro-xi-zine ». Résultat ? Un patient hypertendu reçoit un sédatif. Il tombe dans le coma.

La solution ? Dire les noms comme on les épelle. Pas « Ampicilline ». Mais « A-M-P-I-C-I-L-L-I-N ». Pas « Hydralazine ». Mais « H-Y-D-R-A-L-A-Z-I-N-E ». C’est lent. C’est pénible. Mais ça sauve des vies. Une infirmière à Toulouse raconte avoir évité une erreur de dix fois la dose en demandant l’orthographe de « hydralazine ». Le médecin a répondu : « Ah oui, j’aurais pu dire hydroxyzine. Merci. »

Les chiffres : comment éviter les erreurs de dosage

Les erreurs de dosage sont la deuxième cause d’erreur dans les ordonnances verbales. « 15 mg » peut être entendu comme « 50 mg » si le médecin dit « quinze » sans préciser.

La règle : dites toujours les chiffres de deux façons. Pas seulement « quinze milligrammes ». Dites aussi « un-cinq milligrammes ». C’est plus clair. C’est plus sûr. Et ça marche. Une étude de l’ISMP Canada en 2020 montre que cette méthode réduit les erreurs de dosage de 40 %.

Et ne jamais omettre les unités. « 5 » ne veut rien dire. « 5 mg » ? Oui. « 5 UI » ? Oui. « 5 mL » ? Oui. Mais si vous dites juste « cinq », vous risquez de donner cinq fois trop - ou cinq fois trop peu. Pour l’insuline, une erreur de dix fois peut tuer en 20 minutes.

Mains tenant une seringue d'insuline, entourées de lettres de médicaments à prononciation similaire en danger.

Les médicaments interdits - et pourquoi

Il y a des médicaments que vous ne devez jamais prescrire par voie orale - sauf en urgence absolue.

  • Insuline : une erreur de dosage peut provoquer un coma hypoglycémique
  • Héparine : un anticoagulant. Trop = saignement. Pas assez = caillot
  • Opiacés : surdosage = arrêt respiratoire
  • Chimiothérapie : en dehors d’un arrêt d’urgence, jamais par voie orale

Les directives du Département de la Santé de l’État de Washington, adoptées en 2018 et suivies par de nombreux hôpitaux en Europe, interdisent formellement les ordonnances verbales pour ces médicaments - sauf si la vie du patient est en jeu. Même dans ce cas, le read-back est obligatoire, et l’ordre doit être saisi dans le dossier électronique dans les 15 minutes.

La documentation : ce qui compte vraiment

Un ordre verbal n’existe pas tant qu’il n’est pas écrit. Pas dans votre mémoire. Pas dans votre tête. Pas dans le coin d’un carnet. Il doit être saisi dans le système électronique - immédiatement.

Et ce n’est pas juste : « ordre reçu ». Il faut tout noter :

  • Nom complet du patient
  • Nom du médicament - épelé
  • Dosage avec unité (mg, UI, mL)
  • Voie d’administration (IV, PO, IM)
  • Fréquence (toutes les 6 heures, une fois par jour)
  • Indication (pourquoi ? - « infection urinaire », « douleur post-opératoire »)
  • Nom du prescripteur
  • Heure et date de l’ordre
  • Heure et date de la transcription

Le CMS exige une authentification par le médecin dans les 48 heures. Mais les meilleurs hôpitaux - comme Johns Hopkins ou l’Hôpital Necker - exigent que ce soit fait avant la fin du service. Si vous ne le faites pas, l’ordre est annulé. Pas de « j’ai oublié ». Pas de « j’étais en réunion ». C’est un acte médical. Il doit être traçable.

Les pièges : quand tout va mal

Les erreurs ne viennent pas toujours du médecin. Elles viennent du contexte.

  • Changement de service : 42 % des erreurs surviennent pendant les relèves. Le médecin part. La nouvelle équipe n’a pas tout entendu.
  • Distractions : un patient qui pose une question, un téléphone qui sonne, un collègue qui demande un coup de main. Le médecin répond. L’ordonnance est coupée. La moitié est perdue.
  • Manque de formation : une enquête de 2020 montre que 63 % des infirmiers disent que certains médecins refusent de faire le read-back. « Je suis le médecin. Je ne vais pas répéter. » C’est dangereux. Et inacceptable.

La solution ? Des scripts. Des phrases toutes faites. Pas de liberté. Pas de « bon, je te donne ça ». Mais : « Je prescris pour [nom], [médicament], [dose], [voie], [fréquence], pour [indication]. » Puis : « Veuillez répéter. » Puis : « Exact. »

Et si vous n’êtes pas sûr ? Posez la question. Même si vous avez l’impression d’être un novice. Même si le médecin est stressé. Même si vous avez peur d’être jugé. Demandez : « Pardon, pouvez-vous répéter le nom du médicament ? » Ce n’est pas un échec. C’est un acte professionnel.

Équipe médicale dans un couloir hospitalier la nuit, transcrivant un ordre verbal avec précision sous une lumière unique.

Le futur : moins d’ordonnances verbales - mais pas zéro

Les systèmes de commande électronique (CPOE) ont réduit les ordonnances verbales de 22 % à 10 % dans les hôpitaux depuis 2006. Les technologies vocales avancent. Les assistants intelligents peuvent maintenant transcrire les ordres à la volée. En 2025, les experts prédisent que les ordonnances verbales ne représenteront plus que 5 à 8 % des prescriptions.

Mais elles ne disparaîtront pas. Dans une salle d’opération, pendant un arrêt cardiaque, dans un hôpital sans électricité, dans un hôpital de campagne - il y aura toujours un moment où le médecin devra parler. Et quelqu’un devra l’entendre. Et le répéter. Et l’écrire.

Donc, ce n’est pas une question de « faut-il éliminer les ordonnances verbales ». C’est une question de « comment les rendre sûres ». Et la réponse est simple : vérifiez. Épeliez. Notez. Ne faites jamais confiance à la mémoire.

Que faire si vous êtes témoin d’une erreur ?

Si vous entendez un ordre qui vous semble bizarre, si vous voyez une dose qui ne correspond pas au patient, si vous sentez que quelqu’un fait l’impasse sur le read-back - parlez.

Ne dites pas : « Je crois que… » Dites : « Je ne suis pas sûr. Pouvons-nous vérifier ? »

Et si personne ne réagit ? Signalez. Dans votre service, il y a un système de signalement d’incident. Utilisez-le. Ce n’est pas une dénonciation. C’est une protection. Pour le patient. Pour vous. Pour l’équipe.

Les ordonnances verbales ne sont pas le problème. Le manque de rigueur est le problème. La culture du « ça va aller » est le problème. La peur de poser des questions est le problème.

La sécurité, ce n’est pas une règle. C’est une habitude. Et chaque fois que vous faites le read-back, chaque fois que vous épellez un nom, chaque fois que vous notez l’heure - vous sauvez une vie. Sans fanfare. Sans reconnaissance. Mais vous la sauvez.

Pourquoi les ordonnances verbales sont-elles encore autorisées si elles sont dangereuses ?

Elles sont autorisées parce qu’il existe des situations où il n’y a pas d’autre choix : en urgence vitale, pendant une intervention chirurgicale, ou dans un service sans accès immédiat à un système électronique. Leur danger ne les rend pas illégales - mais elles doivent être encadrées par des règles strictes. Leur utilisation est un compromis entre vitesse et sécurité. Le but n’est pas de les éliminer, mais de les rendre sûres.

Le read-back est-il vraiment efficace ?

Oui. Selon The Joint Commission, une vérification systématique par répétition réduit les erreurs de médication liées aux ordonnances verbales de jusqu’à 50 %. Des études dans les hôpitaux américains et européens confirment que les équipes qui appliquent le read-back de façon rigoureuse ont 3 à 5 fois moins d’erreurs que celles qui le font de façon irrégulière.

Quels sont les médicaments les plus à risque dans les ordonnances verbales ?

Les médicaments à risque élevé sont l’insuline, l’héparine, les opioïdes, les chimiothérapies et les antibiotiques à large spectre. Ces médicaments ont une marge étroite entre la dose efficace et la dose toxique. Une erreur de dix fois la dose peut être fatale. Des paires de médicaments à prononciation similaire - comme Hydralazine/Hydroxyzine ou Celebrex/Celexa - sont particulièrement dangereuses.

Les ordonnances verbales sont-elles plus fréquentes en France qu’ailleurs ?

Non. Les taux sont similaires dans les pays développés. En France, environ 12 % des ordonnances en milieu hospitalier sont verbales, selon les données de l’ANSM. Les services d’urgence et les unités de soins intensifs en utilisent davantage. Les établissements avec des systèmes électroniques bien intégrés (comme les CHU) ont des taux plus bas. Les cliniques privées ou les hôpitaux ruraux avec des systèmes obsolètes en utilisent plus.

Que faire si un médecin refuse de faire le read-back ?

Demandez calmement : « Pour la sécurité du patient, je dois répéter l’ordre pour confirmation. » Si le médecin persiste, notez la situation dans votre rapport de service. Ensuite, signalez l’incident à votre responsable. Le refus de suivre les protocoles de sécurité est une violation professionnelle. Votre devoir est de protéger le patient - même si cela implique de contredire un supérieur.

Les assistants médicaux peuvent-ils saisir les ordonnances verbales ?

Oui, mais seulement sous la direction directe du prescripteur. Depuis 2022, les directives de CMS permettent à un assistant autorisé de saisir l’ordre dans le dossier électronique, à condition que le médecin l’ait clairement dicté et qu’il l’authentifie dans les 48 heures. L’assistant ne peut pas interpréter, corriger ou ajouter. Il ne fait que transcrire. Cela réduit les erreurs de transcription, mais ne remplace pas la vérification.

Prochaines étapes : comment améliorer votre pratique

Si vous travaillez dans un service où les ordonnances verbales sont fréquentes, voici ce que vous pouvez faire dès aujourd’hui :

  1. Créez une fiche de rappel avec les 5 règles d’or : répétez, épellez, précisez les unités, notez l’indication, authentifiez.
  2. Proposez une mini-formation à votre équipe : 10 minutes par mois pour revisiter les paires de médicaments à risque.
  3. Utilisez des scripts standardisés. Pas de liberté. Pas de « je vais vous donner… ». Toujours : « Je prescris [nom], [dose], [voie], [fréquence], pour [raison]. »
  4. Ne laissez jamais un ordre verbal sans transcription dans les 15 minutes.
  5. Signalez chaque incident, même s’il n’a pas eu de conséquence. Chaque erreur évitée est une leçon apprise.

La sécurité médicale ne se construit pas avec des lois. Elle se construit avec des gestes. Chaque fois que vous répétez un ordre. Chaque fois que vous demandez une clarification. Chaque fois que vous écrivez l’heure. Vous faites votre part. Et c’est ce qui fait la différence.