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Stabilité et durée de conservation : dégradation générique et sécurité des produits

Stabilité et durée de conservation : dégradation générique et sécurité des produits févr., 21 2026

Quand vous prenez un médicament générique, vous supposez qu’il est aussi sûr et efficace que la marque originale. Mais savez-vous ce qui garantit qu’il ne se dégrade pas dans votre armoire à pharmacie ? La réponse réside dans la stabilité et la durée de conservation - deux notions fondamentales, souvent ignorées, qui déterminent si un produit est encore bon à utiliser ou s’il devient dangereux.

Qu’est-ce que la stabilité, vraiment ?

La stabilité, ce n’est pas juste une date sur l’emballage. C’est la capacité d’un produit - médicament, aliment, produit cosmétique - à conserver ses propriétés chimiques, physiques et microbiologiques pendant toute sa durée de vie. Selon les normes internationales, un produit est stable s’il garde, dans des limites précises, la même qualité qu’au moment de son emballage. Pour un médicament, cela signifie : la bonne quantité d’ingrédient actif, pas de toxines nouvelles, pas de changement de couleur, d’odeur, ou de texture. Pour un aliment, c’est la même chose : pas de rancissement, pas de croissance bactérienne, pas de séparation des ingrédients.

Les autorités comme la FDA aux États-Unis ou l’EMA en Europe exigent que chaque produit soit testé avant d’être mis sur le marché. Ce n’est pas une suggestion. C’est une obligation légale. Et ces tests ne durent pas quelques semaines. Ils peuvent durer des années.

Comment on teste la stabilité ?

Il existe deux méthodes principales : les tests en conditions réelles et les tests accélérés.

Les tests en conditions réelles, aussi appelés « long terme », consistent à garder les produits dans des conditions normales de stockage - entre 15 et 30°C, avec une humidité relative de 60 % - pendant toute la durée de vie estimée. Pour un médicament à 24 mois de durée de conservation, on le surveille pendant 24 mois. On le teste à 0, 3, 6, 12, 18, 24 mois. On analyse sa composition, sa pureté, sa forme, sa couleur. On vérifie qu’aucun composé toxique n’apparaît.

Les tests accélérés, eux, sont plus rapides. On met les produits dans des chambres à 40°C et 75 % d’humidité pendant 6 mois. L’idée ? Simuler 2 à 3 ans de vieillissement en quelques semaines. Mais attention : ce n’est pas une solution magique. Une étude de la FDA en 2020 a montré que certains génériques de lévothyroxine semblaient stables en accéléré, mais avaient des problèmes réels après 18 mois à température ambiante. Pourquoi ? Parce que la dégradation à haute température n’est pas toujours la même que celle à température normale.

Les pièges des génériques

Les médicaments génériques sont souvent moins chers. Mais ils ne sont pas identiques aux marques. Ils utilisent des excipients différents - des ingrédients inactifs comme les liants, les conservateurs, les colorants. Et ces différences, minimes à première vue, peuvent avoir un impact énorme sur la stabilité.

Un cas célèbre : un générique de lévothyroxine a été retiré du marché en 2020 parce qu’il absorbait trop d’humidité. Résultat ? L’ingrédient actif se dégradait plus vite que prévu. Les patients ont vu leurs taux d’hormones fluctuer. Ce n’était pas un problème de qualité de fabrication, mais de formulation. La marque originale avait un emballage mieux étanche. Le générique, non.

Les nanoparticules posent un autre problème. Certains traitements contre la fibrose kystique utilisent des nanoparticules pour cibler les poumons. Mais si ces particules s’agglomèrent au-delà de 200 nanomètres, elles ne fonctionnent plus. Et ça peut arriver en quelques mois si l’humidité ou la température n’est pas parfaitement contrôlée. Une étude de l’université Texas A&M a montré que 15 % des lots de ces traitements avaient des nanoparticules trop grosses après 12 mois.

Technicien de laboratoire comparant deux échantillons de médicaments, l'un en test accéléré, l'autre en conditions réelles.

Les risques cachés : microbes et changements physiques

La dégradation chimique n’est pas le seul danger. Les produits peuvent aussi se détériorer par des changements physiques ou microbiologiques.

Dans les médicaments non stériles, comme les sirops ou les crèmes, la limite est de 100 unités formant colonie (UFC) par gramme. Au-delà, il y a un risque d’infection. Mais ce n’est pas toujours visible. Une crème peut paraître normale, mais contenir des moisissures à l’intérieur. Un sirop peut devenir trouble sans que le consommateur s’en rende compte.

Les systèmes de conservation - comme les parabens ou les alcools - peuvent aussi perdre leur efficacité. Une enquête de l’Association des Drogues Parentérales en 2022 a révélé que 41 % des rappels de produits liés à la stabilité étaient dus à une baisse de l’efficacité des conservateurs, souvent à cause de variations d’humidité ou de pH.

Même les emballages peuvent être la cause. Un tube en plastique peut laisser passer l’oxygène. Une boîte en carton peut absorber l’humidité. Et si le stockage est mal contrôlé - par exemple, dans un entrepôt où la température dépasse 30°C pendant plusieurs jours - la dégradation s’accélère. Selon l’OMS, 28,7 % des médicaments dans les pays à faible revenu échouent aux tests de stabilité à cause de conditions de transport inadéquates.

Les erreurs courantes qui coûtent cher

Beaucoup d’entreprises pensent que si un produit passe les tests accélérés, il est sûr. Ce n’est pas vrai. Une personne sur le forum de l’American Pharmaceutical Review a raconté avoir perdu 18 mois et 250 000 dollars parce que son produit semblait stable en accéléré, mais a cristallisé à 24 mois en conditions réelles. Pourquoi ? Une transition polymorphique inconnue.

Autre erreur fréquente : ne pas documenter les conditions de stockage. La FDA cite régulièrement les entreprises pour avoir simplement écrit « température ambiante » sans préciser les valeurs exactes. La réglementation exige : 15-30°C. Pas « à l’ombre ». Pas « dans un placard ». Des chiffres précis.

Et puis, il y a la validation des méthodes d’analyse. Seulement 58 % des entreprises valident vraiment leurs tests de HPLC (chromatographie en phase liquide à haute pression), qui est la méthode standard pour détecter les impuretés. Sans validation, on ne sait pas si les résultats sont fiables. Et si on ne sait pas ce qu’on mesure, comment peut-on garantir la sécurité ?

Famille dans une salle de bain où un médicament se dégrade à cause de l'humidité et de la chaleur, avec des signes d'avertissement visibles.

Le futur : des méthodes plus intelligentes

Les anciennes méthodes sont lentes. Mais le futur arrive. L’ICH a lancé en 2023 la directive Q12, qui permet aux entreprises de modifier leur programme de stabilité après l’approbation, sans avoir à refaire des essais complets. C’est une révolution : on peut maintenant utiliser des modèles prédictifs, des capteurs intelligents, ou des données en temps réel.

Des entreprises comme Amgen et Merck ont déjà réduit leur temps de développement de 30 % en utilisant des outils de stabilité basés sur les risques. Elles n’essaient plus tout, elles ciblent les points critiques. Par exemple, si un produit est sensible à l’humidité, on teste uniquement l’humidité, pas la lumière, pas la température, pas la vibration.

Le FDA teste aussi des systèmes de fabrication continue. Au lieu de faire des lots de 10 000 unités, on produit en continu. Et là, on peut surveiller la stabilité en temps réel. Des essais ont montré que la détermination de la durée de conservation est 40 % plus rapide.

Que faire si vous êtes un consommateur ?

Vous n’êtes pas un laboratoire. Mais vous pouvez agir.

- Vérifiez la date de péremption. Ne prenez pas un médicament dépassé, même s’il a l’air bon.

- Stockez vos médicaments à température ambiante, loin de la salle de bain ou du radiateur. La chaleur et l’humidité détruisent plus vite que le temps.

- Ne gardez pas les médicaments dans leur emballage d’origine si vous les transférez dans une boîte. Les emballages sont conçus pour protéger. Un pot en verre, c’est bien. Un sac en plastique, ce n’est pas suffisant.

- Si un médicament change de couleur, d’odeur, ou de texture, jetez-le. Même s’il n’est pas périmé.

Pour les aliments, c’est la même logique. Si un yaourt a des moisissures, même dans un coin, jetez-le entier. Si une huile sent le rance, ne la cuisinez pas. La dégradation n’est pas toujours visible, mais elle est toujours dangereuse.

Conclusion : la stabilité, c’est la confiance

La stabilité, ce n’est pas une technique de laboratoire. C’est un contrat entre le fabricant et le patient. C’est la promesse que ce que vous prenez aujourd’hui sera aussi efficace et sûr que ce que vous avez acheté. Et cette promesse repose sur des tests rigoureux, des données précises, et une vigilance constante.

Les génériques ne sont pas moins bons. Mais ils ne sont pas automatiquement identiques. Leur sécurité dépend de la qualité de leur développement, pas seulement de leur prix. Et si vous êtes un professionnel de la santé, de la pharmacie, ou de l’alimentation : ne sous-estimez pas la stabilité. Elle ne se voit pas. Mais elle sauve des vies.

Pourquoi la durée de conservation d’un médicament générique peut-elle être plus courte que celle de la marque originale ?

Parce que les génériques utilisent souvent des excipients différents, des emballages moins performants, ou des procédés de fabrication distincts. Même si l’ingrédient actif est le même, ces différences peuvent accélérer la dégradation chimique, physique ou microbiologique. Par exemple, un emballage moins étanche peut laisser entrer l’humidité, ce qui dégrade le médicament plus vite. Les marques originales ont souvent investi des années dans l’optimisation de leur formulation et de leur conditionnement, ce qui n’est pas toujours le cas pour les génériques.

Les tests accélérés sont-ils fiables pour prédire la durée de conservation réelle ?

Ils sont utiles pour identifier les risques rapides, mais ils ne sont pas fiables à 100 %. La dégradation à 40°C peut suivre un mécanisme différent de celle à 25°C. Par exemple, une réaction chimique qui se produit lentement à température ambiante peut être masquée en accéléré, ou inversement, une dégradation thermique peut créer des impuretés qui n’apparaîtraient jamais en conditions normales. Les autorités comme la FDA et l’EMA recommandent toujours de valider les résultats par des tests en conditions réelles avant d’attribuer une durée de conservation.

Quels sont les signes visibles qu’un médicament s’est dégradé ?

Des changements de couleur (un comprimé qui devient jaune ou brun), une odeur inhabituelle (un sirop qui sent le rance ou la moisissure), une texture modifiée (des comprimés qui se désagrègent, une crème qui sépare ou devient granuleuse), ou la présence de particules, de moisissures ou de condensation à l’intérieur du contenant. Si vous voyez l’un de ces signes, même si la date de péremption n’est pas dépassée, ne prenez pas le médicament.

Pourquoi les médicaments dans les pays à faible revenu ont-ils plus de risques de dégradation ?

Parce que les chaînes logistiques sont souvent mal équipées. Les entrepôts ne sont pas climatisés, les camions ne sont pas réfrigérés, et les stocks sont exposés à des températures extrêmes pendant des semaines. Selon l’OMS, 28,7 % des médicaments dans ces pays échouent aux tests de stabilité, contre seulement 1,2 % dans les pays riches. Cela signifie que des patients reçoivent des médicaments qui ne sont plus efficaces - ou qui sont devenus toxiques.

Comment les entreprises peuvent-elles réduire les risques de dégradation sans coûter une fortune ?

En adoptant une approche basée sur les risques. Plutôt que de tester tout, elles identifient les points critiques : l’humidité ? la lumière ? le pH ? En se concentrant sur ces facteurs, elles réduisent les tests inutiles. Elles utilisent aussi des emballages intelligents (barrières contre l’humidité, matériaux inertes) et surveillent les conditions de stockage en temps réel. Certaines entreprises ont réduit leur coût de stabilité de 30 % en 2 ans en changeant leur stratégie, sans compromettre la sécurité.